
Le cimetière des blancs et celui de leurs esclaves, l'église de Saint-François d'Assise, le lieu où jadis les esclaves recevaient leur bain avant d'être amenés au marché pour y être vendus…Ce ne sont là que quelques escales probables du futur parcours touristique.
En haut : L'église de Saint-François d'Assise faisait autrefois partie du domaine de Mon Plaisir.
En bas : Le cimetière des esclaves est l'un des rares vestiges dédiés aux plus démunis de l'époque.
Le ministère du Tourisme a commandé un profil historique de Pamplemousses. L'étude a été faite par une équipe d'historiens de l'université de Maurice, chapeautée par le National Heritage Trust et menés par Vijaya Teelock. Cette étude fait un inventaire quasi complet des vestiges historiques de Pamplemousses, qui est considéré comme le premier vrai village de Maurice. Les colons hollandais et, après eux, les Français, ont vite préféré le nord de l'île à Vieux-Grand-Port, leur lieu de débarquement.
Le village a commencé à s'établir à partir de 1736 avec la création du domaine de Mon Plaisir par le gouverneur français Mahé de Labourdonnais. Soucieux de la sécurité alimentaire de la colonie, celui-ci y commença un potager pour y étudier l'acclimatation de plantes introduites dans l'île. A la mort de son fils et de sa femme, Labourdonnais parcella son domaine. Près de 30 ans plus tard, le Britannique Pierre Poivre le reprenait et créait le jardin botanique.
Labourdonnais avait alloué une partie de son domaine à la construction d'une église, d'une cure et d'un cimetière. En sus des colons français, des esclaves virent s'y installer. D'autres domaines, sucriers cette fois, furent créés avec des noms qui sont restés : Mon-Goût, Mon-Rocher, Beau-Plan, Bois-Rouge… Les ouvriers engagés adoptèrent à leur Pamplemousses.
Durant ses années de gloire, Pamplemousses fut le chef-lieu administratif et commercial pour la partie nord de l'île. La magistrature, les prisons, la principale gare ferroviaire pour le Nord…
A l'époque, tout comme aujourd'hui, le village gravitait autour du jardin botanique. De fait, Pamplemousses avait même un hôtel dans les années 1840. Mais un cyclone, l'un des plus violents de mémoire de Mauricien, l'emporta.
Témoins du passé
L'étude sur l'histoire de Pamplemousses met aussi les projecteurs sur des témoins vivants de l'histoire. Car là où l'évolution socio-économique du village a effacé les traces du passé, c'est la mémoire d'hommes comme Baldeo Jandoosing (78 ans), dont le nom est lié au transport ferroviaire de l'époque, qui prend le relais.

Pierre Poivre est le créateur du jardin botanique de Pamplemousses, ou trone desormais son buste.
Vijaya Teelock et son équipe sont allés à la rencontre des aînés du village qui, aujourd'hui encore, pratiquent des métiers d'autrefois. C'est ainsi qu'on renoue avec Yves Gaspard, le maréchal ferrant. A 75 ans, Gaspard se souvient encore des charrettes de bois qu'il construisait et des bœufs qu'il ferrait pour les exploitants sucriers du temps où la charrette à bœufs était le seul moyen de transport. Il a légué sa science à son fils. Mais sa collection de vieux outils justifierait à elle seule un petit musée.
Il y a aussi la mémoire d'Azia Mohamed, charretier, qui troque désormais la canne à sucre pour les touristes visitant le musée de Beau Plan. Le visiteur apprend de lui sur les modèles de charrettes qui traversaient la chaussée jadis : la charrette à queue, la charrette tombeau…
A présent, il doit bien être le seul à posséder une charrette tirée par un bœuf dans le village.
C'est dire que la base est déjà là pour une interaction plus intime entre les touristes visitant Pamplemousses et les villageois. Car, outre le partage des bénéfices, c'est cela aussi l'objectif du Community Based Tourism : promouvoir une meilleure cohabitation avec le touriste et assurément rehausser la qualité de l'accueil.
Il faudra cependant probablement du temps avant que les villageois ne développent une culture du tourisme. Et ce sera à l'état de les former et de les encadrer. Le ministère du Tourisme a déjà donné une démonstration de ses intentions à Chamarel, autre village aux charmes naturels et historiques. Niché entre les collines de la chaîne montagneuse de Rivière-Noire, Chamarel gravite, lui, autour des dunes aux sept couleurs.
Le Community Based Tourism lui a légué deux tables d'hôtes. D'autres villageois viennent d'être formés par l'Ecole hôtelière et s'apprêtent à s'y lancer à leur tour. La National Handicraft Promotion Agency a pris en charge les artisans du village pour parfaire leur débrouillardise d'amateur…
Le projet Pamplemousses est encore au stade de conception. Tout indique toutefois que la même formule y sera appliquée.
L'histoire écrite du village évoque essentiellement les tribulations de la classe affluente. Au point où le jardin botanique semble préoccuper davantage les seigneurs de l'époque que le sort de la populace. D'où toute la difficulté de restituer Pamplemousses à sa grandeur d'antan. Mais il ne fait aucun doute que l'effort vaille la peine. Et cela pas uniquement que d'un point de vue touristique.